Vos questions fréquentes sur la psychanalyse

La psychanalyse, ce n’est pas un peu dépassé ?

Je ne le pense pas. Au contraire ! Pour moi, elle est plus que jamais d’actualité. A l’heure où l’on parle beaucoup de développement durable, on privilégie malheureusement essentiellement l’aspect économique et l’aspect environnemental. La dimension humaine est trop souvent laissée de côté. La psychanalyse, c’est l’essence même de cette dimension humaine.

Elle évolue aussi avec son temps. Elle ne peut pas nier les nouveaux outils, comme le téléphone où les réseaux sociaux. J’ai réalisé il y a peu ma première séance via la discussion instantanée sur Facebook. Et ça marche. On fait même des lapsus en écrivant !

Vous êtes médecin ?

Pas du tout. Je ne prescris d’ailleurs pas de médicaments. Je suis devenu psychanalyste en commençant par l’enseignement. J’étais aussi Conseiller du salarié. Ces deux métiers étaient déjà des métiers de l’écoute. Auprès des enfants et ensuite des salarié(e)s, j’ai acquis de réelles compétences pour traiter les problématiques des enfants ou la souffrance au travail. Je suis toujours Formateur CRAMIF (Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile-de-France) à la prévention des risques professionnels, notamment les RPS (risques psycho-sociaux) ou les TMS (troubles musculo-squelettiques).

J’ai suivi bien sûr une psychothérapie de deux ans et demi et une analyse de sept ans. Je suis actuellement suivi dans ma profession par une psychanalyste, que l’on appelle superviseuse. Et je suis membre d’une association. J’ai suivi aussi plusieurs formations dans le cadre des mes études à l’université. Notamment sur les adolescents.

La psychanalyse ce n’est pas un peu trop cher ?

La psychanalyse doit rester accessible à tous. Quels que soient les revenus. J’entends bien pratiquer des tarifs compatibles avec la vie de mes patient(e)s. Quand on vient en analyse, c’est qu’on a une souffrance dont on veut se libérer. L’aspect financier ne doit être un poids supplémentaire.

Le coût de mes séances est proportionnel à ce que le patient gagne. Je ne peux pas réclamer une somme identique à un patient qui serait au RSA (Revenu de Solidarité Active) et à un autre qui serait un patron d’une entreprise du CAC 40 ! 

Je l’avais ressenti pour moi lorsque j’étais en analyse et je le perçois encore bien plus crûment maintenant avec les patients. L’argent que l’on donne pour une analyse va vraiment avec l’estime que l’on se porte. Récemment, une postulante me disait ne pas vouloir/pouvoir mettre plus de 50 € par mois alors qu’elle gagne correctement sa vie. Pour moi, cette personne ne s’estime pas valoir plus de 50 € par mois, qui plus est pour aller mieux. Je trouve ça terrible ! J’espère qu’elle se reconnaîtra. Elle vaut tellement mieux ! Mais comme elle en doute encore…

Pourquoi ce n’est pas remboursé par la Sécurité Sociale ?

La psychanalyse vise à nous rendre (enfin ?) adulte, c’est-à-dire autonome. L’autonomie financière contribue à nous rendre plus libre. On acquiert sa liberté, en s’offrant ses séances. En se donnant les moyens de se les offrir. Si quelqu’un paie à notre place, ou un organisme, on est encore pris en charge.

Une séance dure combien de temps ?

Les miennes durent environ 45 minutes pour les adultes et une trentaine de minutes pour les enfants. Je ne suis pas Lacanien. Les séances expéditives, qui ne durent que quelques minutes, je ne sais pas faire.

Quelle est la fréquence des séances ?

Je la définis avec le patient. Le psychanalyste doit aussi tenir compte de la réalité économique. On n’est plus du temps de Freud où chaque patient était reçu 5 fois par semaine. Ce ne serait plus tenable aujourd’hui financièrement. Selon le besoin ressenti, une à deux séances par semaine reste convenable. En-dessous, il y a le risque que le patient trouve sa guérison un peu lente… Et je dois avouer que la dynamique se perd. « On n’est plus vraiment dedans » pour utiliser une expression rapide. Les inconscients doivent se « reconnecter » et c’est difficile.

Les séances ont lieu quand ?

Elles se déroulent sur rendez-vous, à des moments fixes. Il est important que le patient retrouve un cadre fixe, sécurisant, pour lui seul. Un moment rien que pour lui. Quand un créneau horaire est retenu, il est important de s’y tenir. Pour le patient, comme pour le thérapeute.

Une séance à laquelle on ne peut assister reste due ?

Oui, c’est un principe. Je le vois comme l’impérative nécessité de ne pas interrompre le travail entrepris. Le fait de régler une séance à laquelle on n’a pas pu se rendre, fait que le patient reste dans la dynamique de sa cure.

Le divan, ça existe toujours ?

Oui bien sûr ! Mais il ne faut pas pour autant en faire une étape obligée. Des patients ne souhaitent pas s’allonger. Il faut respecter ce choix. Freud avait inventé ce dispositif pour que les patients n’interprètent pas ses mimiques.

Il y a une technique psychanalytique ?

Le terme technique n’est peu être pas le plus approprié. En tous les cas, en début d’analyse, le patient est invité à dire tout ce qui lui vient à l’esprit, sans se préoccuper de cohérence. L’analyste, lui, pratique l’écoute bienveillante et l’attention flottante. Il propose régulièrement une interprétation des situations qui lui sont présentées. Mais le psychanalyste n’est pas un comportementaliste. Il ne dira jamais : « Faites-ci, faites-ça ! ». Ce n’est pas un coach. Il aide le patient à devenir lui-même. Pas ce que les autres ont tant de fois voulu qu’il devienne !

Le psychanalyste ne dit rien en séance ?

Un Lacanien parle peu. Freud parlait à ses patients. Il ne s’agit bien sûr pas de monopoliser la parole ! Freud, faut-il le rappeler, a mis au point sa technique lorsqu’une patiente le pria de se taire ! J’interviens pour ma part pour poser une question, demander une précision, pour proposer une interprétation.

Le rêve en psychanalyse a toujours son importance ?

Comme le disait Freud, « Le rêve est la voie royale vers l’inconscient ». Le matériel apporté par les rêves est précieux. Je le perçois comme un langage, même si aucune chronologie n’est respectée par exemple.

On guérit vraiment en psychanalyse ?

Tout dépend bien sûr de quoi l’on souffre. La psychanalyse ne peut rien pour votre cheville cassée ! Mais elle peut vous aider à comprendre pourquoi vous n’avez pas vu cette bordure de trottoir que vous empruntez pourtant quatre fois par jour ! Donc sur la guérison, je dis oui ! J’en suis un vivant exemple. J’ai pu faire le deuil de ma sœur, j’ai réussi à me débarrasser de mon tabagisme et de mon anorexie/boulimie. Je dis souvent que sans la psychanalyse, je ne serais plus de ce monde.

Le transfert, c’est quoi ?

C’est finalement assez simple. Dans mon cas, ma psychanalyste a tenu pour moi le rôle de ma mère. Tout ce que je n’avais jamais pu mettre en mot avec ma mère, ma psychanalyste l’a rendu possible. Je précise qu’elle n’a rien fait. C’est moi qui lui ai fait tenir ce rôle. Moi qui étais enseignant, je peux dire que le transfert joue à fond aussi en classe. J’ai en tête l’exemple d’un garçon de CM1, Damien, me disant un jour que ce serait bien si j’étais son père. A partir de là, il devint brillant en classe.

Si je viens vous voir, je devrai tout vous dire ?

Vous ne direz que ce que vous aurez envie de me dire et au moment où vous aurez envie ou besoin de le dire. La psychanalyse ne violente pas ! Elle vise à nous rendre libre. Elle n’est pas là pour créer de nouvelles chaînes, de nouvelles dépendances. img049

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Une huitième bonne raison d’aller voir un psychanalyste : les addictions

img038Tabac, alcool, drogue, sport, écrans… Martine, Jérémy, Claude, Betty et Kévin… chacun(e) a sa façon s’est réfugié(e) dans ce qui était pour lui au départ, un plaisir. Et peu à peu, ce plaisir est devenu leur prison. Avec parfois la santé qui se dégrade, des accidents…

Pourquoi la psychanalyse ?

La psychanalyse est une thérapie par le langage. Les Français consomment énormément de psychotropes, là où parfois, pourtant, les mots pourraient suffire. Comment une thérapie par les mots peut-elle être possible ? Tout simplement, parce que ce sont les mots, ou plutôt l’absence de mots ou de compréhension de ceux-ci qui ont crée notre malaise, notre mal-être.

Pourquoi ? Parce que le petit d’homme a un début de vie tout à fait à part dans le règne animal des mammifères. Là où le girafon, le poulain ou le veau se dressent sur leurs pattes à peine nés, il faut au jeune humain des mois et des mois, pour ne pas dire des années, avant d’acquérir son autonomie.

Oui, il y a pour chacun d’entre nous, une préhistoire. Une période au cours de laquelle, nous n’avons pas compris grand-chose, une période au cours de laquelle nous sommes allés parfois d’incompréhension en incompréhension (« Pourquoi me donne-t-on à boire alors que j’ai faim ? » ; « Pourquoi me donne-t-on à manger alors que j’ai mal ? »), et d’interprétation en interprétation (« Qui est ce monsieur là dans mon dos ?… mon père… mais alors je ne suis pas le seul et unique amour de ma mère… ? »).

Cette période de la toute petite enfance est une période où l’on pense pour nous, où l’on projette sur nous et parfois cela laisse des traces. Des traces que la psychanalyse permet de remettre en mots, de fluidifier pour rendre de nouveau la vie possible, la vie paisible.

Et puis, l’existence est faite de difficultés qu’à un moment donné on n’a pas pu, pas su, seul(e), surmonter : la perte d’un être cher, une douleur physique qui ne passe pas malgré tous les examens médicaux possibles et imaginables, une souffrance au travail qu’on ne parvient plus à surmonter, des échecs scolaires successifs, un comportement qu’on ne comprend pas (addiction par exemple), une agression, un chagrin d’amour…

Enfin, bien que la psychanalyse ait presque un siècle et demi, elle n’a jamais été autant d’actualité. Notre société prône le développement durable. La psychanalyse a toute sa place dans la dimension humaine de ce développement. Cette thérapie est une rencontre entre deux êtres qui font le choix de cheminer ensemble sur le chemin d’une meilleure connaissance de soi, d’une meilleure compréhension de soi. C’est aussi un lieu dans lequel on peut se poser au cours d’une vie trépidante, parfois secouante, en prenant le temps (enfin !) de s’écouter.

Franck GIRARD, Psychanalyste

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